De l'engagement.

Publié le par Mahaut

Presque un an après, cet article comme un bilan de ma première et courte mission au Liban.

Bilan non conclusif puisque je n'ai toujours pas terminé deux trois choses liées à ladite mission. Le grand souci de l'absence de date butoir est que les petites choses ont tendance à devenir grandes, et les petites synthèses des articles conséquents, le tout dans un état d'ébauche plus ou moins avancée et de provisoire tendant au permanent.

Je ne peux juger que de mon côté de la barrière, de ce que cette expérience a représenté pour moi, sans aucune prétention à mesurer son efficacité matérielle, psychologique ou spirituelle auprès des populations que nous aidons. Cela ne doit pas être pris pour une vision égoïste et utilitariste "ce que l'engagement peut nous apporter, à nous Occidentaux" mais comme une simple mesure de réalisme : j'espère que notre action représente un véritable mieux, un soulagement, une béquille pour ceux qui en bénéficient, et d'après les retours directs ou indirects je crois bien que c'est le cas. Les sourires, les larmes de joie, le bonheur partagé ne sont pas feints. Mais je n'arrive pas avec des chiffres et des pourcentages sur les fruits de l'action de SOS Chrétiens d'Orient au Liban, seulement avec mon petit ressenti qui ne vaut que comme témoignage.

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L'engagement dans de telles conditions fait ressortir le meilleur de chacun. En temps normal nous sommes pris dans des logiques de milieu, de quotidien, d'études ou de travail, d'affinités électives, de subjectivité esthétique, si bien que nous sommes rarement attentifs à l'autre mais plus à ce qu'il représente pour nous sur le moment. Tout importe, sauf l'essentiel : ni Dieu, ni notre prochain, ni le présent ne sont vraiment au centre de nos préoccupations, ou alors de façon plus politique, idéologique, théorique que spirituelle ou effective.
Au sein de la mission, chacun est extrait de ses préoccupations naturelles et des préventions de son milieu et consacre toute son énergie au service des populations locales. Bien sûr, les idéaux, les filiations, les personnalités demeurent, mais dans ce qu'elles ont de plus vrai, de plus essentiel, toujours comme trésor, jamais comme rempart.

Le temps pour l'action, le temps pour le repos, le temps pour le partage sont respectés. Lorsqu'il s'agit d'exécuter une tâche, réaliser un projet, chacun met son ego, ses désirs propres de côté et offre ses talents à la communauté. Puis, dans les moments de détente, les différents points de vue peuvent s'exprimer dans des discussions remarquables de bienveillance et de profondeur. On prie ensemble, on parle de cœur à cœur, on donne toutes nos forces pour atteindre nos buts (contacter telle personne, organiser telle donation, telle visite à des familles, mettre en place tel plan d'action, préparer telles activités pour les enfants).

Tout cela peut sembler profondément niais. Le genre de choses idéales sur le papier, qu'on écrit pour vendre son idée, pour refourguer sa came. Sauf que pour qui me connaît, il en faut beaucoup pour qu'une misanthrope solitaire prompte au jugement et à la critique des plus sévères vienne à les écrire. J'ai toujours détesté la collectivité, aucune communauté n'est jamais parvenue à autre chose qu'à me donner des envies de massacre et l'esprit de corps est aussi absent de ma pensée que la fluidité des les autoroutes libanaises. Et pourtant... pourtant en un mois (ma plus longue expérience de la vie en communauté était auparavant d'une semaine) je n'ai jamais ressenti que la plus grande sympathie et estime pour mes camarades de mission, et une immense joie d'être à leurs côtés pour accomplir quelque chose de sensé, de beau, qui nous dépasse. Bien sûr, chacun a ses travers, qui se font davantage sentir lors du travail que lors des temps de partage, mais tout est dépassé, de beaucoup, par le désir de servir au mieux et l'attention réelle portée à l'autre.

Et rien de tout cela n'est de trop pour affronter la réalité du terrain. Les missions sont aussi belles qu'elles sont difficiles. Être conscient de la misère, avoir vu quelques reportages, lu quelques témoignages est une chose. Lui faire face en est une autre. Personne n'est vraiment prêt. Si vous n'avez jamais fait de mission de ce type, vous n'êtes pas prêt. Et ça n'est pas grave : les chefs de mission, les anciens, et aussi les nouveaux avec leur soif de bien faire, leur sincérité désarmée, sont là pour vous épauler. La seule consolation qu'on a contre cette immense tristesse est l'action. On la sait infime, mais mieux vaut peu que rien du tout, alors on agit.

Je pourrais poursuivre à propos de la franchise, de l'hospitalité, de la bonté libanaises, du charme lourd de Beyrouth, de la beauté altière du Chouf, de l'émotion devant la puissance historique de Byblos, mais on tomberait vite dans des stéréotypes et des discours de brochure de tourisme. Un mois suffit à peine pour entrevoir, au loin, dans le brouillard, ce qu'est un peuple. Si j'étais restée un ans, j'aurais peut-être un embryon de chose à dire. Si j'étais restée dix ans, sans doute quelque chose d'un peu intéressant. En deçà, autant se taire, et vous inciter à, vous même, vous engager pour une mission.

Si vous hésitez sur un point ou un autre, si vous avez des questions, n'hésitez pas à me contacter ici, en commentaire, ou via mon autre blog.

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Et moi, qu'ai-je fait depuis ? Ma foi pas grand chose pour eux, à part peut-être écouter et appliquer leur conseil. Si je veux être utile aux miens (Français ou Chrétiens en général) il faut avoir de quoi l'être: se former, avoir un métier. Il faut aussi être prêt à défendre sa propre terre, quelles que soient nos armes.
Il y a un an, le sang d'un martyr chrétien, le père Hamel, abreuvait la terre de France, nous rappelant cruellement que nul n'est à l'abri. Si nous poursuivons le chemin emprunté, de l'incurie et de la lâcheté envers le terrorisme islamique et les revendications communautaires de l'islam en général, nous aurons sans doute besoin dans quelques années d'un « SOS Chrétiens d'Europe ».
Il faut donc continuer à entretenir des liens et secourir nos frères orientaux, et avoir l'humilité d'entendre et répéter leur message. Combien de fois Libanais et Irakiens, ne m'ont-ils pas dit « Ce qui nous est arrivé vous menace, mais vous êtes moins préparés. Vous ne faites rien alors que vous êtes en plus mauvaise posture que nous étions. »

 

 

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